Le siège de l'Église de l'Unification à Tokyo. Un tribunal japonais a confirmé la dissolution de la secte.

Tokyo (AFP) - L'Église de l'Unification a perdu mercredi son appel contre la décision d'un tribunal japonais de dissoudre la secte, qui faisait l'objet d'une enquête suite à l'assassinat de l'ancien Premier ministre Shinzo Abe.

Le tribunal de district de Tokyo a prononcé en mars de l'année dernière une ordonnance de dissolution à l'encontre de la branche japonaise de l'Église de l'Unification, déclarant qu'elle avait causé des « dommages sans précédent » à la société.

L’Église – fondée en Corée du Sud et surnommée les « Moonies » en référence à son fondateur défunt Sun Myung Moon – est accusée de faire pression sur ses fidèles pour qu’ils fassent des dons ruineux, et est pointée du doigt pour la négligence dont sont victimes certains de ses membres envers leurs enfants, bien qu’elle nie toute malversation.

L’Église a déclaré mercredi dans un communiqué que « la Haute Cour de Tokyo a rendu une décision confirmant l’ordonnance de dissolution de notre organisation », qualifiant cette décision d’« injuste ».

Le tribunal a confirmé sa décision à l'AFP.

L'ancien Premier ministre Abe, le dirigeant japonais resté le plus longtemps en fonction et qui avait pris la parole lors de certains événements organisés par l'Église, a été abattu en 2022 lors de sa campagne électorale par un homme qui en voulait à la secte.

En janvier, Tetsuya Yamagami a été condamné à la prison à vie pour ce meurtre, bien que son équipe de défense ait plaidé que l'attaque avait été déclenchée par les dons aveugles de sa mère à l'Église, qui avaient conduit sa famille à la faillite.

Cet homme de 45 ans a fait appel de sa peine de prison à perpétuité le mois dernier.

Les enquêtes menées après le meurtre d'Abe ont révélé des liens étroits entre la secte et de nombreux parlementaires conservateurs du parti au pouvoir, ce qui a conduit à la démission de quatre ministres.

Cela a incité le gouvernement, en 2023, à demander l'autorisation aux tribunaux de dissoudre légalement le groupe.

L'Église a interjeté appel en avril. La décision de mercredi signifie que la procédure de liquidation va commencer et que la secte ne bénéficiera plus d'exonération fiscale, même si le groupe peut encore se pourvoir en cassation.

L'avocat Katsuomi Abe, qui représente d'anciens croyants réclamant des compensations après avoir fait d'énormes dons, a déclaré à l'AFP que la décision du tribunal était « un pas en avant » pour les victimes.

Bien que l’Église puisse encore poursuivre ses pratiques religieuses, « il lui deviendra de plus en plus difficile de continuer ses activités… et les hommes politiques sont susceptibles de s’en éloigner », a déclaré l’avocat.

Le montant des dons versés par les membres japonais au fil des décennies a été estimé par certains à plusieurs centaines de millions de dollars, voire plus.

L'Église a acquis une notoriété mondiale dans les années 1970 et 1980 après sa fondation en 1954, devenant célèbre pour ses mariages de masse souvent célébrés dans des stades.

Le Japon est depuis longtemps une plaque tournante financière pour l'Église, qui a dit à ses membres qu'ils devaient expier l'occupation de la Corée pendant la guerre et vendre des objets de valeur pour obtenir le pardon de leurs péchés.

Depuis l'assassinat d'Abe, l'Église s'est engagée à empêcher les dons « excessifs » de ses membres.

Il s'agit du troisième groupe religieux à recevoir l'ordre de se dissoudre au Japon – le premier étant la secte Aum Shinrikyo, qui a diffusé un agent neurotoxique mortel dans le métro de Tokyo il y a 30 ans, tuant 14 personnes et en rendant malades des milliers d'autres.