Le nouveau conseil de transition est chargé de rétablir un semblant d'ordre en Haïti

Port-au-Prince (AFP) - Un conseil d'administration chargé de combler le vide de leadership en Haïti et de rétablir un semblant d'ordre a été officiellement créé vendredi dans ce pays des Caraïbes, secoué par une explosion de violences de gangs.

Un décret paru dans le journal officiel d'Haïti « Le Moniteur » a annoncé la formation du conseil, un mois après que le Premier ministre Ariel Henry a annoncé sa démission au milieu d'une vague d'attaques de gangs armés dans la capitale.

L'annonce de vendredi, qui a été retardée pendant des semaines en raison de querelles politiques, est une étape pleine d'espoir dans les efforts visant à établir les conditions du déploiement d'une force de police internationale approuvée par l'ONU, que le Kenya a accepté de diriger.

Le décret charge le conseil de nommer « rapidement » un nouveau Premier ministre et un gouvernement « inclusif » des différentes factions politiques d'Haïti.

Fondamentalement, la formation du conseil soutenu par les États-Unis constitue également une première étape vers la tenue d’une élection présidentielle d’ici début 2026.

Cependant, des questions demeurent quant à savoir si le gouvernement intérimaire – surnommé Conseil présidentiel de transition – sera en mesure d'imposer son autorité sur les gangs qui contrôlent une grande partie de Port-au-Prince.

"Le Conseil présidentiel de transition exerce des pouvoirs présidentiels spécifiques pendant la période de transition jusqu'à l'investiture du président élu, qui doit avoir lieu au plus tard le 7 février 2026", précise le décret vendredi.

Haïti n'a pas tenu d'élections depuis 2016 et est sans président depuis l'assassinat de Jovenel Moise en 2021.

Henry se trouvait au Kenya en février pour tenter d'organiser le déploiement des forces de police internationales lorsque des gangs ont lancé une attaque coordonnée et exigé la démission de l'homme de 74 ans.

Quelque 4 000 détenus ont été libérés lors d'attaques de gangs contre les deux plus grandes prisons d'Haïti. Les commissariats de police ont été assaillis et les attaques contre l'aéroport du pays ont coupé Haïti du monde extérieur.

Des pays, dont les États-Unis et les membres de l’UE, ont évacué leurs diplomates et leurs ressortissants alors que les conditions de sécurité se détérioraient.

L'UNICEF, l'agence des Nations Unies pour l'enfance, a averti que de graves problèmes de faim et de malnutrition s'installaient en Haïti, qui peine à se remettre du tremblement de terre de 2010 qui a fait environ 220 000 morts.

Après d’intenses pressions américaines et régionales, Henry a accepté de se retirer et de faciliter la formation du conseil de transition. Il était le dirigeant non élu d'Haïti depuis 2021, date à laquelle il a été nommé par le président Moise de l'époque.

Selon le texte, Henry démissionnera officiellement après la nomination d'un nouveau Premier ministre par le conseil.

- Nouveau conseil contre gangs -

Un véhicule de police surveille la zone proche du Palais National et du bâtiment du Ministère des Finances à Port-au-Prince

L’organisme régional des Caraïbes CARICOM, qui a joué un rôle de premier plan dans les efforts visant à créer le conseil de transition, a déclaré que cela « signale la possibilité d’un nouveau départ pour Haïti ».

Le bureau des Nations Unies en Haïti a déclaré qu'il « continuerait à suivre de près le processus politique haïtien », ajoutant que « le soutien international à la police nationale d'Haïti reste essentiel pour restaurer la sécurité et l'État de droit ».

« Ces développements représentent une étape positive vers le rétablissement de la sécurité, ouvrant la voie à des élections libres et équitables et au rétablissement de la démocratie et d'une gouvernance inclusive en Haïti », a déclaré vendredi un porte-parole du Département d'État américain.

Le conseil de transition est composé de sept membres votants sélectionnés à travers l'éventail politique haïtien et de deux observateurs sans droit de vote.

Les négociations pour nommer le conseil de transition ont été marquées par des luttes intestines et ont forcé l'intervention du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, qui a exhorté les parties prenantes à mettre de côté leurs divergences.

Le puissant chef de gang Jimmy « Barbecue » Cherizier, dont l’alliance G9 forte de 1 000 membres contrôle certaines parties de Port-au-Prince, faisait partie des exclus du nouveau gouvernement en raison des conditions interdisant aux personnes faisant face à des sanctions de l’ONU.

Toute personne accusée ou reconnue coupable d'un crime a également été inscrite sur une liste noire, de même que celles qui envisageaient de participer aux prochaines élections et toute personne s'opposant au projet de force de sécurité internationale.

- Fuir la capitale -

De la fumée s'échappe du bâtiment du ministère des Finances en Haïti

On ne sait toujours pas si les gangs accepteront de se retirer. Les sanctions de l'ONU contre cinq des dirigeants de groupes criminels les plus puissants ont eu un effet « extrêmement limité », selon un récent rapport d'experts de l'ONU.

Pour Gédéon Jean, directeur du groupe de défense des droits haïtiens CARDH, la mise en place du gouvernement intérimaire est une « étape importante ».

"Cependant, cette étape n'est pas une fin en soi", a-t-il déclaré à l'AFP. "Il faudra créer les conditions de sécurité pour que le conseil puisse fonctionner, mais surtout pour protéger la population."

La nouvelle autorité sera également confrontée au défi immédiat d’aider les Haïtiens ordinaires à échapper à une pauvreté écrasante, rendue encore plus aiguë par l’insécurité.

Selon les Nations Unies, sur une population d'environ 11,6 millions d'habitants, quelque 360 ​​000 Haïtiens sont déplacés à l'intérieur du pays. La violence des gangs, selon les experts de l’ONU, a contraint 95 000 personnes à fuir la capitale et plongé cinq millions de personnes dans une « faim aiguë ».

En plus de cibler les commissariats de police et l'aéroport, des bandes armées ont pillé ces derniers jours la Bibliothèque nationale d'Haïti, deux universités et de nombreux établissements de santé et pharmacies.

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